Copie de `Le Monde - Lexique de la crise de l'information`

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Le Monde - Lexique de la crise de l'information
Catégorie: Politique > Information
Date & Pays: 12/11/2021, FR
Mots: 11


Fake news
On les traduit souvent à tort par « fausses informations » ou « faux articles », ratant que la fake news n'est pas seulement erronée : elle est volontairement trompeuse. C'est un faux, une imitation, une contrefaçon. En ce sens, elle se différencie des bons vieux hoax, ces rumeurs qui se propagent depuis la nuit des temps sur Internet à travers le bouche-à-oreille électronique. La fake news, elle, emprunte à la presse traditionnelle ses codes et sa présentation, pour se maquiller comme un exercice journalistique.Le syntagme n'est pas nouveau. Dès 2000, la BBC explique la chute du cours de l'action de Lucent Technologies par « une information mensongère [fake news] diffusée sur un forum d'Internet ». Il est également utilisé par les sites conspirationnistes, pour qui les médias protègent les secrets gouvernementaux. Il est revenu à la mode en 2016, favorisé par l'explosion des réseaux sociaux comme source première d'information. Les fakes news en ont profité pour s'industrialiser, avec rédacteurs spécialisés qui en vivent et « tâcherons du clic » exploités pour optimiser l'audience générée. Contrairement à une idée reçue, la fake news n'a pas nécessairement de visée politique, du moins à l'origine. Mais pour des raisons économiques, leurs promoteurs n'hésitent pas à prendre fait et cause pour un camp si celui-ci les partage abondamment. C'est ce qui s'est passé durant et après la campagne américaine, où de nombreux appeaux à clics ont été repris par l'entourage direct de Donald Trump. Depuis, ce dernier s'est approprié le terme de pour discréditer les articles critiqu...

Fake news
On les traduit souvent à tort par « fausses informations » ou « faux articles », ratant que la fake news n'est pas seulement erronée : elle est volontairement trompeuse. C'est un faux, une imitation, une contrefaçon. En ce sens, elle se différencie des bons vieux hoax, ces rumeurs qui se propagent depuis la nuit des temps sur Internet à travers le bouche-à-oreille électronique. La fake news, elle, emprunte à la presse traditionnelle ses codes et sa présentation, pour se maquiller comme un exercice journalistique.Le syntagme n'est pas nouveau. Dès 2000, la BBC explique la chute du cours de l'action de Lucent Technologies par « une information mensongère [fake news] diffusée sur un forum d'Internet ». Il est également utilisé par les sites conspirationnistes, pour qui les médias protègent les secrets gouvernementaux. Il est revenu à la mode en 2016, favorisé par l'explosion des réseaux sociaux comme source première d'information. Les fakes news en ont profité pour s'industrialiser, avec rédacteurs spécialisés qui en vivent et « tâcherons du clic » exploités pour optimiser l'audience générée. Contrairement à une idée reçue, la fake news n'a pas nécessairement de visée politique, du moins à l'origine. Mais pour des raisons économiques, leurs promoteurs n'hésitent pas à prendre fait et cause pour un camp si celui-ci les partage abondamment. C'est ce qui s'est passé durant et après la campagne américaine, où de nombreux appeaux à clics ont été repris par l'entourage direct de Donald Trump. Depuis, ce dernier s'est approprié le terme de pour discréditer les articles critiqu...

Hoax
Selon l'Oxford Dictionnary, le « hoax » remonterait au moins au XVIIIe siècle. Toujours selon le dictionnaire britannique, il dériverait de « hocus pocus », lui-même abréviation de hac pax max deus admix, parodie de formule magique en pseudo-latin née au XVIIe siècle, et qui servait, déjà, à jouer des tours et tromper son auditoire. Sur Internet, le hoax a rapidement désigné les nombreuses rumeurs répandues de manière virale par des chaînes de mail, diffusant fausses informations alarmistes, appels à dons malintentionnés ou désinformation assumée. Ce sont « les canulars du web », comme l'épingle le site francophone de référence en la matière, Hoaxbuster, vieux de 2000. A l'époque, c'est surtout leur prolifération qui inquiète – à l'image du « halte à la pollution » brandi dès ses débuts par le site Hoaxbuster sur sa page d'accueil. Ils sont parfois mus par des motivations politiques ou qui se veulent citoyennes, comme un faux échange d'e-mails qui a circulé dès 2000 pour nuire à Total. Une « tentative de désinformation en ligne » là aussi très proche des fake news actuelles, l'anonymat en plus, l'imitation du format journalistique en moins. Leurs motivations sont toutefois le plus souvent économiques, à l'image d'un vieux hoax d'une mère inquiète de la disparition de sa fille, et qui s'avère en réalité un appeau à clics pour un site pornographique. Le terme tend à moins s'employer aujourd'hui, même si le format viral des « fake news » et leur modèle économique de la rémunération au nombre de clics en font son descendant naturel.

Hoax
Selon l'Oxford Dictionnary, le « hoax » remonterait au moins au XVIIIe siècle. Toujours selon le dictionnaire britannique, il dériverait de « hocus pocus », lui-même abréviation de hac pax max deus admix, parodie de formule magique en pseudo-latin née au XVIIe siècle, et qui servait, déjà, à jouer des tours et tromper son auditoire. Sur Internet, le hoax a rapidement désigné les nombreuses rumeurs répandues de manière virale par des chaînes de mail, diffusant fausses informations alarmistes, appels à dons malintentionnés ou désinformation assumée. Ce sont « les canulars du web », comme l'épingle le site francophone de référence en la matière, Hoaxbuster, vieux de 2000. A l'époque, c'est surtout leur prolifération qui inquiète – à l'image du « halte à la pollution » brandi dès ses débuts par le site Hoaxbuster sur sa page d'accueil. Ils sont parfois mus par des motivations politiques ou qui se veulent citoyennes, comme un faux échange d'e-mails qui a circulé dès 2000 pour nuire à Total. Une « tentative de désinformation en ligne » là aussi très proche des fake news actuelles, l'anonymat en plus, l'imitation du format journalistique en moins. Leurs motivations sont toutefois le plus souvent économiques, à l'image d'un vieux hoax d'une mère inquiète de la disparition de sa fille, et qui s'avère en réalité un appeau à clics pour un site pornographique. Le terme tend à moins s'employer aujourd'hui, même si le format viral des « fake news » et leur modèle économique de la rémunération au nombre de clics en font son descendant naturel.

Intox
Après « hoax », « intox » est le plus vieux terme en circulation pour désigner des informations volontairement erronées ou trompeuses. En 1977, il s'emploie déjà, mais pour désigner toute forme d'« action psychologique » ou de « matraquage » visant à influencer les esprits, notamment dans les argumentaires commerciaux et politiques, selon le Trésor de la langue française informatisé, qui cite son emploi dans Le Nouvel Obs dès 1977. Il fait désormais partie prenante du vocabulaire journalistique de la vérification de faits, et de la mise à l'épreuve des discours poliques. Il a ainsi donné son nom à la rubrique Desintox de Libération.

Intox
Après « hoax », « intox » est le plus vieux terme en circulation pour désigner des informations volontairement erronées ou trompeuses. En 1977, il s'emploie déjà, mais pour désigner toute forme d'« action psychologique » ou de « matraquage » visant à influencer les esprits, notamment dans les argumentaires commerciaux et politiques, selon le Trésor de la langue française informatisé, qui cite son emploi dans Le Nouvel Obs dès 1977. Il fait désormais partie prenante du vocabulaire journalistique de la vérification de faits, et de la mise à l'épreuve des discours poliques. Il a ainsi donné son nom à la rubrique Desintox de Libération.

Post-vérité
Post-truth, en anglais, fut le mot de l'année 2016, selon l'Oxford Dictionnary. Il se rapporte, explique la publication britannique, aux « circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d'influence sur l'opinion publique que ceux qui font appel à l'émotion ou aux croyances personnelles ». Si Ralph Keyes consacrait déjà un livre au sujet en 2004 (The Post-truth Era), c'est véritablement avec la campagne britannique sur le Brexit et la campagne présidentielle américaine que l'expression s'est démocratisée. Le 12 juillet, la rédactrice en chef du Guardian explique dans un long édito que « si les faits étaient une devise, alors ils viendraient de subir une sérieuse dévaluation », dont elle rend la structure même d'Internet responsable : la multiplication des sources et la prolifération des informations contradictoires, et parfois ouvertement mensongères, ont rendu l'exigence de vérité moins urgente qu'autrefois.L'idée ne va pas sans poser de soucis : elle peut laisser croire que la vérité était auparavant chose acquise, au moins comme valeur. Ce serait faire peu de cas de célèbres exemples de désinformation gouvernementale, comme le trajet du nuage radioactif qui aurait esquivé les frontières françaises en 1986, ou les fausses preuves d'armes de destruction massive ayant servi de justification à l'intervention américaine en Irak en 2003. Sans parler de la littérature antisémite et complotiste, avec de célèbres faux, comme le livre antisémite Le Protocole des sages de Sion de 1903, dont l'influence n'a rien à envier aux intox modernes.

Post-vérité
Post-truth, en anglais, fut le mot de l'année 2016, selon l'Oxford Dictionnary. Il se rapporte, explique la publication britannique, aux « circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d'influence sur l'opinion publique que ceux qui font appel à l'émotion ou aux croyances personnelles ». Si Ralph Keyes consacrait déjà un livre au sujet en 2004 (The Post-truth Era), c'est véritablement avec la campagne britannique sur le Brexit et la campagne présidentielle américaine que l'expression s'est démocratisée. Le 12 juillet, la rédactrice en chef du Guardian explique dans un long édito que « si les faits étaient une devise, alors ils viendraient de subir une sérieuse dévaluation », dont elle rend la structure même d'Internet responsable : la multiplication des sources et la prolifération des informations contradictoires, et parfois ouvertement mensongères, ont rendu l'exigence de vérité moins urgente qu'autrefois.L'idée ne va pas sans poser de soucis : elle peut laisser croire que la vérité était auparavant chose acquise, au moins comme valeur. Ce serait faire peu de cas de célèbres exemples de désinformation gouvernementale, comme le trajet du nuage radioactif qui aurait esquivé les frontières françaises en 1986, ou les fausses preuves d'armes de destruction massive ayant servi de justification à l'intervention américaine en Irak en 2003. Sans parler de la littérature antisémite et complotiste, avec de célèbres faux, comme le livre antisémite Le Protocole des sages de Sion de 1903, dont l'influence n'a rien à envier aux intox modernes.

Réinformation
Le concept de « réinformation » n'appartient pas au vocabulaire des médias, mais à celui du militantisme d'extrême droite.Il apparaît pour la première fois dans un sens non médical en 2007 sur les blogs et médias identitaires, associé au champ lexical de la résistance et de la « reconquête chrétienne ». Il donne notamment son nom la même année au « bulletin de réinformation » de Radio Courtoisie, dont l'autoproclamé « national-libéral » Henry de Lesquen vient alors de prendre la présidence. L'émission est coordonnée par l'ancien dirigeant du FN puis du Mouvement national républicain (MNR) mégrétiste, Jean-Yves Le Gallou, par ailleurs membre fondateur du think tank identitaire Polemia, qui organise depuis 2010 les `Bobards d'or`, qui moquent les journalistes de la presse généraliste, et depuis 2012 les `Journées de la réinformation`.A travers ce terme, il s'agit de s'opposer à la ligne éditoriale de la majorité des quotidiens nationaux, et notamment aux valeurs humanistes, sociales et libérales que la plupart partagent. Pour Yves Le Gallou, le concept s'inscrit dans un combat culturel et une stratégie médiatiques assumés. La `réinformation` s'est essentiellement diffusée dans les cercles d'extrême droite, auto-baptisés `réinphosphère`, notamment par la voie des blogs et de Twitter. Dans l'absolu, la réinformation ne prône pas la négation des faits, mais un renversement des valeurs et de la grille d'analyse des faits.

Réinformation
Le concept de « réinformation » n'appartient pas au vocabulaire des médias, mais à celui du militantisme d'extrême droite.Il apparaît pour la première fois dans un sens non médical en 2007 sur les blogs et médias identitaires, associé au champ lexical de la résistance et de la « reconquête chrétienne ». Il donne notamment son nom la même année au « bulletin de réinformation » de Radio Courtoisie, dont l'autoproclamé « national-libéral » Henry de Lesquen vient alors de prendre la présidence. L'émission est coordonnée par l'ancien dirigeant du FN puis du Mouvement national républicain (MNR) mégrétiste, Jean-Yves Le Gallou, par ailleurs membre fondateur du think tank identitaire Polemia, qui organise depuis 2010 les `Bobards d'or`, qui moquent les journalistes de la presse généraliste, et depuis 2012 les `Journées de la réinformation`.A travers ce terme, il s'agit de s'opposer à la ligne éditoriale de la majorité des quotidiens nationaux, et notamment aux valeurs humanistes, sociales et libérales que la plupart partagent. Pour Yves Le Gallou, le concept s'inscrit dans un combat culturel et une stratégie médiatiques assumés. La `réinformation` s'est essentiellement diffusée dans les cercles d'extrême droite, auto-baptisés `réinphosphère`, notamment par la voie des blogs et de Twitter. Dans l'absolu, la réinformation ne prône pas la négation des faits, mais un renversement des valeurs et de la grille d'analyse des faits.

Réinformation
Le concept de « réinformation » n'appartient pas au vocabulaire des médias, mais à celui du militantisme d'extrême droite.Il apparaît pour la première fois dans un sens non médical en 2007 sur les blogs et médias identitaires, associé au champ lexical de la résistance et de la « reconquête chrétienne ». Il donne notamment son nom la même année au « bulletin de réinformation » de Radio Courtoisie, dont l'autoproclamé « national-libéral » Henry de Lesquen vient alors de prendre la présidence. L'émission est coordonnée par l'ancien dirigeant du FN puis du Mouvement national républicain (MNR) mégrétiste, Jean-Yves Le Gallou, par ailleurs membre fondateur du think tank identitaire Polemia, qui organise depuis 2010 les `Bobards d'or`, qui moquent les journalistes de la presse généraliste, et depuis 2012 les `Journées de la réinformation`.A travers ce terme, il s'agit de s'opposer à la ligne éditoriale de la majorité des quotidiens nationaux, et notamment aux valeurs humanistes, sociales et libérales que la plupart partagent. Pour Yves Le Gallou, le concept s'inscrit dans un combat culturel et une stratégie médiatiques assumés. La `réinformation` s'est essentiellement diffusée dans les cercles d'extrême droite, auto-baptisés `réinphosphère`, notamment par la voie des blogs et de Twitter. Dans l'absolu, la réinformation ne prône pas la négation des faits, mais un renversement des valeurs et de la grille d'analyse des faits.